Challenge
des 3000m ariégeois
[Le
Montcalm]
Les
carnets de Michel Fropier,
pour une première participation au Montcalm...
Bonjour,
C'est avec plaisir que j'ai pu visionner la cassette
retraçant la
course de cette année. C'était ma première participation et si le soir de la course, j'avais trop mal pour penser y revenir
l'année suivante, je
suis maintenant impatient d'y être ! J'ai voulu raconter a mes compagnons d'entraînement (parisiens)
cette course mémorable. Vous trouverez mes impressions ci-après. Ils sont
partagés entre la difficulté de l'entreprise et le challenge extraordinaire que cela
représente. Mais bon, j'espère que
quelques-uns d'entre eux m'accompagneront...
Un grand merci pour cette organisation formidable et
à l'année prochaine.
Michel Fropier
(23
novembre 2003)
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Voilà, voilà, j'avais décidé cet été de faire une petite course
en montagne. Après étude des différentes possibilités et de mes lieux
de vacances ( Côte Landaise puis Alpes ), mon choix se portait sur le Challenge des 3000 Ariégeois. 2300 m de dénivelée positive, 2600 m
de dénivelée négative, 35 Km, 280 participants, record en 3h15, 2
sommets à gravir à plus de 3000 m : le Montcalm ( 3077 m ) et la Pique d'Estats
(3143 m ). Ca se passe le 17 août, départ à 7h30 et il y a un
briefing à 19h la veille et un autre le jour même à 6h40. Bizarre, bizarre.
Jour J-33 : je suis inscrit et j'ai réservé un hôtel pour la nuit
précédente à Vicdessos.
J-6 : histoire de parfaire ma préparation réalisée sur le « volcan
» du Parc André Malraux à Nanterre ( 20 m de dénivelée positive !,
enchaîné jusqu'à 15 fois) et dans la côte de St Germain ( 1 km en pente douce
), je me rends à Ascain dans le pays basque pour la 7ème manche de la
coupe de France des courses de Montagne. J'ai déjà fait cette course deux fois, il n'y a que 900 m à monter et à redescendre pour 13 Km en
tout.
J'ai un record à 1h11'52''. J'aimerais faire moins de 1h10.
Départ à 9h. Sans échauffement car je suis arrivé un peu tard au départ.
Je tiens le groupe de tête pendant 1 km puis j'essaie de ne pas trop ralentir. Je cours toute la montée sauf le dernier km, vraiment trop
raide. Je mets un point d'honneur à passer en 4ème position au
sommet, derrière Philippe Lanne, membre de l'équipe de France de course de montagne, Gil Besseyre, membre de l'équipe de France aussi, vainqueur
l'année précédente, leader actuel de la coupe de France, et
Ramuntxo Lamothe, régional de la course, mais devant ( de quelques mètres ), Xyril Alvarez, autre régional de la course et Jean Claude
Bagueste, sourd-muet d'Oloron Sainte Marie, quintuple vainqueur de l'épreuve (avant que ce ne soit une manche de la coupe de France ). Sommet de la
Rhûne en 42'19''.
A la descente, je vais moins vite que mes poursuivants, malgré des
pointes à 3000 m/heure où j'ai réellement l'impression de voler et termine 7ème en 1h9'11''. Me voilà rassuré sur ma forme. C'est
Ramuntxo Lamothe qui a gagné à la surprise générale en 1h04' devant
Philippe Lanne, Xyril Alvarez, Gil Besseyre ( qui s'est dit fatigué par l'accumulation des courses ) et Jean Claude Bagueste. Patrick
Cirille, un vétéran, m'a aussi doublé à la descente pour finir juste devant
moi.
J-5: j'ai très mal sur le devant des cuisses, conséquence probable
de ma descente de la veille.
J-4: idem, entraînement annulé.
J-3: idem, mais je me force tout de même à courir 30
mn.
J-2: idem, ça devient grave.
J-1: ça va mieux, grâce à quelques étirements. 3h30 de voiture
pour rejoindre Vicdessos. Je vais au briefing. J'y apprends que le soleil devrait être là le lendemain, que le Montcalm s'appelle aussi le «caillou », que ce n'est pas la peine de porter de camel-back pour la
course car un hélicoptère à monté 4 tonnes d'eau minérale, de pâtes
de fruit, de pain d'épice et autres sur le parcours et qu'il y des bénévoles partout sur le parcours pour nous indiquer le chemin. Je
reprends espoir. J'ai le dossard 31. Et il y a 290 inscrits, plus 60 randonneurs qui partiront un peu avant nous. Le vainqueur de l'an
dernier est là, 3h23'. Il y a les temps de passage à chaque point important réalisés par celui-ci : Montcalm en 1h42, Pique d'Estats
en 1h53, bas de la descente en 2h49. Je vise 2h au sommet et 4h30 en
tout.
Retour à l'hôtel.
Jour J :
à 0h30
du matin, quelques fêtards rentrent à l'hôtel bruyamment.
1h50 : je me réveille sans raison apparente, sauf peut-être
le stress de la course.
4h : les randonneurs se lèvent pour être au
départ à 5h30.
5h30 : je me lève, je mange mon quignon de pain et deux petites
compotes de pommes. Je m'habille : deux paires de chaussettes, des chaussures
de trail (New Balance ), slip, short, une tee-shirt et un débardeur par dessus, un bandeau au poignet, une montre altimètre ( pour savoir
combien il reste à monter ), et des lunettes de soleil. Dehors je
fais du stop pour me rendre au briefing à Auzat et en moins de 30
secondes, une voiture s'arrête pour m'épargner les 1,5 Km de marche. Le
conducteur vient de Foix, et il s'est levé une demi heure plus tôt que moi.
Pour lui aussi, c'est sa première participation. Les étoiles brillent,
tout va bien.
6h45 : briefing, la météo est bonne, pas de vent en altitude, 0° à
3000 m. Ca devrait se réchauffer d'ici 9h. Je rencontre Xyril Alvarez qui m'annonce avoir déjà fait la course et que « c'est beaucoup plus
dur que la Rhûne, ca part très vite ». Mais bon, il a fait moins de 4h.
L'espoir remonte encore d'un cran.
7h00 : on embarque dans les cars pour se rendre au départ à la
Chapelle St Marc, altitude 1010 m. Tous les dossards sont pointés. 2 minutes d'échauffement. Puis rassemblement sur la ligne. Petit discours de
l'organisateur.
7h30
: départ, 2,7 Km de bitume pour se mettre en jambe, la vitesse
est raisonnable, je suis dans le groupe de tête avec Xyril et une dizaine d'autres.
Pas de mal aux jambes.
7h43 : l'Artigue, 1200 m, fin de la route, on continue par un petit
sentier au-dessus du torrent, ça frotte un peu pour être devant
avant la montée, je suis cinquième. On traverse le torrent, et le sentier
devient beaucoup plus raide en forêt. J'alterne course et marche suivant la raideur de la pente, comme tout le monde autour de moi, sauf le
premier qui s'obstine à courir tout le temps. Il fait frais, les premier sont toujours en vue.
8h18 : Pla Nouzères, 1680 m, on sort de la forêt, 1200 m/h de
vitesse ascensionnelle jusqu'ici. Pain d'épices et flotte. Le sentier
continue aussi raide mais maintenant nous sommes au milieu des alpages. Je me fais doubler. Toutes les dix minutes environ, il y a quelqu'un au bord
du sentier avec des bouteilles d'eau minérale et des verres remplis
sur un rocher. C'est vraiment incroyable comme organisation. J'entends soudain le vrombissement d'un hélicoptère derrière moi. Et le voici
qui remonte le long de la pente au plus près du sol. Le caméraman à l'intérieur nous filme. C'est mieux que Ushuaïa Nature.
8h36 : Refuge du Pinet, 2240 m, eau salée ( pour éviter les crampes
) et pâtes de fruit car j'ai un petit coup de barre, je cours de moins en moins mais j'ai tout de même réussi à tenir les 1200 m/h. Je suis 6ème,
je ne vois déjà plus le premier, en revanche le second est juste 2
ou 3 minutes devant et Xyril est 3ème. L'hélicoptère vient juste de se
poser et l'organisateur en sort. Les alpages continuent un peu puis le
paysage est de plus en plus minéral : cailloux, petits torrents, il faut
parfois s'aider des mains. Je marche pratiquement tout le temps sauf quand le sentier s'aplanit vraiment. Le soleil illumine maintenant la pente et
je mets mes lunettes.
8h58 : Etang du Montcalm, 2560 m, eau salée et pâtes de fruit, ma
vitesse a fortement baissé à 850 m/h. Il y a du caillou partout mais toujours autant de monde entre les bénévoles de l'organisation et
les randonneurs. Le sommet est tout près, juste au dessus de nous.
9h21 : Col à 2900 m, 900 m/h toujours, une tente a été installée
ici, les bénévoles sont en anorak mais les encouragements et les applaudissements
continuent, plus de sentier mais un empilement de
blocs plus ou moins gros avec un cheminement toujours aussi bien défini grâce à des banderoles. J'atteins le col frontière à 2980 m, un gendarme
du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne me regarde passer. Je
bifurque à gauche vers le Montcalm, je repasserais ici tout à l'heure pour
gravir la Pique d'Estats. Il y a un petit sentier qui monte en colimaçon sur
la crête frontière. Un type débaroule à toute vitesse vers moi, puis
un autre, puis Xyril que j 'encourage en lui disant qu'il est 3ème. Une randonneuse me corrige : il n'est que 4ème, le premier doit déjà
remonter vers la Pique d'Estats. Comme c'est un excellent descendeur,
je dis à la dame qu'il finira sûrement 2ème. Dans l'euphorie et
sentant la fin proche, je double un type qui m'avait doublé vers 2900 m.
9h32 : sommet du Montcalm, 3077 m, 9ème, 2 minutes de plus que mes
prévisions, 950 m/h sur la fin, 1015 m/h de moyenne de puis le départ. Je suis à peu près en état, je me ravitaille tout en faisant un
rapide tour d'horizon, il fait très beau mais des nuages d'orage bloquent la vue au loin. Que vont dire
mes cuisses à la descente ? Allez j'y
vais.
Et ça va ! Je croise quelques-uns de mes poursuivants jusqu'au col
frontière à 2980 m. Il s'agit de remonter maintenant. Et ça
commence fort avec un court passage d'escalade. Je dérape sur le rocher et je fais peur au type au dessus censé m'indiquer comment faire. Le
sentier continue dans la pierraille. Il y a plein de monde.
9h49 : Pique d'Estats, 3143 m, 11ème, il y a une croix au sommet mais
celui qui nous fait pointer ne veut pas que j'y aille, il faut faire demi tour à
quelques mètres du sommet, il faut dire que l'arête ( horizontale ) qui y mène n'est guère engageante. Je m'attarde
longuement, 2 minutes peut-être, la descente m'intéressant beaucoup moins que la montée au niveau chronomètre. Je suis tout de même
content d'avoir réussi la première moitié du challenge ! J'attaque la
descente à petite vitesse. Au bout de quelques dizaines de mètres, on laisse la
crête pour filer directement vers le col 2900. Il y a deux névés à descendre. Ca va vite, presque trop, surtout que la neige est plutôt
gelée. Je manque me casser la figure en bas du second névé, au
grand dam d'une bénévole prête à secourir ceux qui vont trop vite.
9h58 : col 2900 m, je ne fais plus le compte de ma place, trop de
coureurs me doublent, -2000m/h de vitesse ascensionnelle pour cette première partie et je n'ai mal ni aux cuisses ni aux genoux, mais bon
je n'ai pas l'intention de forcer. Je continue la descente
tranquillement, surtout que cette partie est assez mouillée suite à l'orage d'hier.
Je n'hésite pas à marcher et à m'aider des mains sur les cailloux glissants. Je suis content de ne pas avoir trop forcé à la montée,
ce qui m'a permis de garder des forces pour la descente et ainsi d'être lucide pour choisir où poser les pieds.
10h16 : Etang du Montcalm, -1100 m/h, tous ceux qui montent
m'encouragent, je leur retourne mes encouragements même si je sais qu'ils ne sont pas encore au sommet et encore moins en bas. Je
retrouve les alpages mais ça glisse tout de même beaucoup. Le refuge est en
vue. Les cuisses chauffent et par moment je ressens une douleur très aiguë aux genoux.
10h38 : Refuge du Pinet, seulement -900 m/h. Quand je pense que je
suis allé aussi vite à la montée sur cette portion, mais il faut dire
qu'elle est assez raide et technique avec un peu de plat en traversée. Je m'arrête 2 ou 3 minutes pour me ravitailler et discuter avec les
bénévoles de l'organisation. Il me reste 1000 m à descendre jusqu'à
la route. Je repars un peu plus vite, surtout que je me fais doubler en moins d'une minute par les 2 premières féminines puis un belge (reconnaissable à son débardeur aux couleurs de son pays ).
11h01
: Pla Nouzères, -1400 m/h, ça roule toujours, je rentre dans
la forêt. Quelques randonneurs qui montent au refuge pour faire l'un des deux sommets le lendemain semblent surpris de voir autant de fous
courir en montagne. J'atteins le torrent. Il fait de plus en plus chaud. Je suis paraît-il dans les 50 premiers. Ca me va.
11h24
: après plusieurs panneaux annonçant le ravitaillement, me
voici enfin à la route à l'Artigue, 1300 m/h sur la fin malgré les
nombreux faux plats. J'enlève le tee-shirt tellement il fait chaud et ne garde que le débardeur. J'enroule le tee-shirt autour de la taille, bois
deux verres d'eau et attaque les dix kilomètres pour rejoindre Auzat, mi-route, mi chemin dixit l'organisateur. Je suis à 13 km/h sur la route
environ. En revanche sur les chemins empierrés bien trop raides pour
mes pauvres genoux, je cours très lentement. Je repasse au point de départ.
Plus que 7 km. Route de nouveau. Puis chemin de terre au dessus du
torrent. Un petit raidillon à remonter. Mais j'étais prévenu alors
ça passe. De toute façon je préfère le raidillon à la descente derrière. Pour les autres coureurs autour de moi, ça va moins bien. Re-route
puis re-chemin. Et quelques raidillons supplémentaires, qui eux n'étaient
pas prévus, mais qui me font un bien fou. Plus que 4 km. On traverse des hameaux, toujours avec des
bénévoles et leurs bouteilles d'eau minérale et leurs gobelets. Plus que 2 km. Route pour terminer. Panneau Auzat.
Rues d'Auzat. A 200 m de l'arrivée, j'ai une grosse boule dans la
gorge qui me vient d'un coup. Je ne sais pas si c'est la fatigue ou l'émotion, la joie d'avoir terminé et le soulagement d'avoir terminé, mais ça
me fait mal.
12h14
: je passe la ligne, 4h44'22'' exactement. 12 km/h environ sur cette dernière portion. Puis je cherche rapidement de l'eau car j'ai
trop mal à la gorge. Je cherche ensuite les tables de massage. J'y retrouve Xyril. Il a terminé 2ème en 3h37derrière le vainqueur de
l'an dernier ( 3h23 encore malgré le terrain plutôt humide ) et 30
secondes devant le second de l'an dernier. Il se fait aussi masser, mais lui a
en plus très mal au dos, conséquence probable de sa descente hyper
rapide.
J'apprends qu'un coureur a été évacué par hélicoptère en raison
d'un poignet cassé et que 4 coureurs ont déjà abandonné. Je suis
finalement 50ème au classement final.
Conclusion
: Mieux vaut être préparé et en forme. Une semaine en montagne avant la course semble indispensable pour préparer les
cuisses et les genoux à ces efforts inhabituels pour eux. Cela permet aussi
de tester l'équipement. Heureusement pour moi, je n'ai pas eu de problème de ce côté-là. Pour une course en montagne avec montée plus
descente, il faut absolument faire la montée en gardant des forces pour la
descente, car il faut toute sa lucidité pour poser les pieds aux bons endroits
et ne pas se tordre une cheville ou autre. Et pour cette course particulière, il faut en plus garder une dernière réserve pour les
10 kilomètres finaux qui peuvent rapidement devenir un calvaire.
J+7
: Histoire de profiter de ma forme olympique, je fais tout seul la partie supérieure de la 6000 D à la Plagne : départ à 1800 m, 1700
m de dénivelée positive, autant en négatif sur 35 km en 3h02' ( glacier
de Bellecôte à 3050 m atteint en 1h52 ). Les 1,5 litres d'eau de mon camel-back ont à peine
suffi, vu la chaleur orageuse de cette fin d'après midi d'août. Et finalement le profil de la 6000 D ( beaucoup
moins pentu que le Montcalm puisqu'il y a 55 km pour 6000 m de dénivelée contre 35 km pour 4900 m au Montcalm ) ne me convient pas tant que ça.
Je ne vois pas comment j'aurais pu faire aujourd'hui 20 km de plus et
2600 m de dénivelée ! Finalement le profil du Challenge des 3000 Ariégeois est celui qui me convient le mieux ! J'espère bien passer
sous les 4h l'an prochain avec un peu plus d'entraînement a la descente...
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